22 juillet 2007
Furia Festival 2007
Quelques noms alléchants, des découvertes intéressantes et le site de Cergy-Pontoise à explorer : l’édition du Furia festival 2007 s’annonçait prometteuse. Un heureux pressentiment qui ne s’est pas totalement concrétiser.
Samedi 30 juin 2007 :
Située à l’écart du centre-ville, la verdoyante base de loisirs de Cergy-Pontoise accueille le Furia sound festival depuis son déménagement du site de Taverny deux ans auparavant.
Malheureusement, l’organisation du festival ne s’est pas bonifiée avec le changement. Première mauvaise surprise : l’entrée au parking vous déleste aimablement de 3,50 euros dont il n’est question nulle part sur le site internet.
Plus léger de ces quelques piécettes, nous faisons nos premiers pas sur la base de loisirs et tombons nez à nez avec la première petite scène. C’est sans aucun fléchage que nous finissons par monter une pente qui mène à la scène principale. En bas d’un autre monticule se trouve la deuxième petite scène ainsi qu’une tente regroupant les diverses organisations et associations caritatives. Faute de l’ombre d’une indication, nous demandons le chemin vers l’espace presse à un vigile à l’air un perdu derrière une grille, qui se trouve finalement être l’entrée des pass magiques.
Aucune conférence de presse ne nous retient notre attention, direction les concerts.
On atterrit devant Aïwa, groupe de rap-dub métissé originaire de Rennes, qui fait une bonne première impression. Un Dj, un batteur, un bassiste, un tambourin s’appliquent à groover alors que le rappeur assure et que la chanteuse baragouine on ne sait quoi. Même si cet apparent yaourt n’est d’abord pas désagréable, il devient vite lassant. Des accents de Massive Attack ou de Morcheeba séduisent avant de virer au rap et presque à l’électro.
On zappe pour Deltahead, deux Suédois qui intriguent par leur maquillage, leurs costumes et une distribution collective de bâtonnets d’encens qui fait penser aux Dresden Dolls. Pourtant, leur musique aux aspects variables en est à des kilomètres. Tantôt blues/country, tantôt électro/indus, ce duo de guitare, contrebasse et double grosse caisse déconcerte. Mais, les rythmiques, les paroles sont répétitives, le look inadéquat laisse dubitatif.
Une demi-heure plus tard, trois gringalets bruns aux cheveux mi-longs montent sur la grande scène pour le meilleur concert de la journée. Little Barrie, groupe anglais, porte haut le flambeau du brit rock avec des mélodies entraînantes. Le public est emporté par les beats dansants teintés de blues du trio guitare, basse, batterie et la fosse finit le concert dans une bataille de paille géante. Disposée en une bonne couche sur le sol, elle servait initialement à éviter la boue et termine en confettis.
L’ambiance est aussi enthousiaste au début de la prestation du français Ours entouré de ses trois camarades musiciens. Sa voix faible est rauque, les rimes des textes ne sont pas heureuses et la musique se fond dans l’ordinaire. On part au bout de trois chansons vers les spectaculaires Guitar Wolf.
Ces trois japonais en cuir bardé de tatouages orchestrent un grand n’importe quoi réjouissant sur l’autre petite scène. Le chanteur hurle dans son micro en pointant son doigt vers le public d’un air de défi juste avant de choisir un jeune élève pour la leçon de rock’n’roll du jour. Le garçon se retrouve une guitare entre les mains en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Il ne maîtrise pas grand chose de la technique guitaristique, mais l’attitude est bien là, et après quelques riffs de guitare bien placés et deux trois Yeaaah, le petit gars retourne dans la fosse. Plein d’énergie, le chanteur fou amorce l’escalade des trois amplis à moitié agrippé par deux vigiles. Le manager vient à la rescousse et le japonais enragé réussit son ascension foudroyé par les regards assassins des vigiles. Ce grand spectacle est acclamé par la foule et on part vers la grande scène le sourire aux lèvres.
Les 4 chanteurs de K’naan accompagnés d’un djembé, puis d’une guitare déploient une belle harmonie de voix avec une ambiance très conviviale de coin du feu. Un des quatre somaliens se met à rapper des textes engagés et pacifistes qui décrivent les souffrances de son peuple. Preuve surprenante, la seule phrase qu’il connaît en français est « je suis innocent »… Pensif, on prend la traditionnelle pause frites/sandwich avant d’aller s’en payer une tranche devant les Naast.
Les ambassadeurs du rock parisien balancent leurs compos « copier coller » devant un public venus en grand nombre. Choc rassurant, personne n’applaudit et une forêt de majeurs se lève au centre de la fosse. Apparemment réuni pour voir le phénomène médiatique et pour pouvoir critiquer en connaissance de cause, les « furieux », comme on appelle le public de la Furia, toisent d’un air narquois les quatre rigolos sur scène. Gustave Naast et ses copains semblent impuissants devant tant d’impopularité. Ouf, il est temps d’aller digérer cette bonne nouvelle dans un petit coin de verdure.
Notre sieste est dérangée par Oxmo Puccino et son rap cliché. De loin, on entend un tonnerre d’applaudissements pour Tété, notamment à la suite de jolis titres comme À la faveur de l’automne. Les français de TTC enchaînent devant une foule compacte et acquise à leur cause. L’ingénieur du son devrait être traîné en justice pour le niveau sonore, les textes ne donneront la migraine à personne et le Dj mixe des basses lourdes avec des samples de tubes populaires : l’ambiance boîte de nuit et le succès sont assurés. Les filles des premiers rangs finissent le concert sur scène et les garçons admirent le tout en dansant, de quoi énergiser tout ce beau monde pour tenir jusqu’au bout de la nuit.
On oublie la tête d’affiche The roots pour se planter devant la création initiée par les Eurockéennes, Griots and Gods, alias Young Gods et Dalëk, qui joue devant une petite trentaine de personnes. Le tandem livre une musique entêtante, difficilement qualifiable, presque chaque musicien étant retranché derrière ses machines. Aucune chanson ne se démarque vraiment du tout et on en ressort un peu perplexe, la méconnaissance du répertoire des deux groupes n’aidant pas.
On finit cette journée devant les Tryo, proches de la caricature d’eux-mêmes. Le spectacle est presque le même depuis la sortie de leur précédent album, autant dire une éternité. Un duo de cordes, de nouveaux costumes et dix kilos de moins pour Mali, autant dire des changements drastiques…Les transitions et les vannes politiques racoleuses ont traversé les années intactes et même la Main verte, chanson prônant la légalisation de la marijuana, est reprise en cœur par la joyeuse de bande qui a peut-être passé l’âge. Déception de la part d’un groupe qui possède malgré tout un bon potentiel scénique.
Dimanche 1er Juillet:
Très excité par la venue des poids lourds Sonic Youth et Queens of the stone age le soir même, on s’approche de la petite scène plein d’entrain. Les Karpatt distillent déjà leur bonne humeur communicative à un paquet de furieux. On les quitte momentanément alors que le public leur crie des mots à partir desquels ils doivent construire une chanson. Parapluie, chaussette, apéro : le défi est relevé! Le temps de s’inscrire à la conférence de presse des « Reines de l’âge de pierre », on les retrouve pour le rappel : deux belles chansons sur un dragueur hésitant et sur des meurtres passionnels. Ils s’en vont sous un tonnerre d’applaudissements.
On enchaîne avec l’énervant Jamait qui balance ces chansons d’amour sur la grande scène. Il tente apparemment de s’inscrire dans la lignée des grands chanteurs à textes, on pense plutôt à une mauvaise imitation du grand Brel. Son concert nous donne l’occasion de s’adonner à une petite sieste musicale ressourçante
On se relève pour jeter un œil amusé à No one is innocent. Leur chanson revolution.com déclenche les premiers pogos de la journée. Le public s’en donne à cœur joie et se défoule sur des riffs de guitares clichés.
Le manque de pertinence musicale nous fait bifurquer vers les maliens Tinariwen sur l’autre petite scène. Ces grands hommes en imposent vêtus de leurs tenues traditionnelles. Chants touaregs et armée de guitares électriques, une véritable respiration dépaysante dans ce festival. Le concert commence doucement pour monter en puissance au fur et à mesure des chansons. La majorité du public finit par être conquis : tout le monde frappe des mains, se balance doucement de gauche à droite emmené par un des chanteurs qui danse joyeusement à l’avant de la scène.
Fin des réjouissances, on traîne des pieds vers Superbus : les horaires sont fait de telle sorte qu’aucun concerts ne se chevauchent dans l’après-midi, donc pas d’alternative possible. En bon groupe formaté, les quatre rigolos sont ultra-lookés. La chanteuse, la ridicule Jennifer Ayache, maquillée à la truelle, prend des pauses qu’elle doit croire avantageuse. La musique sonne comme du mauvais Garbage et pendant qu’une moitié du public embarque, le reste des « furieux »les scrutent d’un air circonspect. Miss Ayache se rend bien compte que ses compositions n’emporte pas l’adhésion de tous puisqu’elle s’époumone : « je vais essayer de chanter avec vous, on va tenter de faire quelque chose ensemble». Le coup de grâce arrive par une reprise de Nirvana, sûrement la caution rock du concert.
Révolté par cette récupération d’une compo de ce pauvre Kurt Cobain, on s’en va attendre la venue de Loïc Lantoine, barquette de frites à la main. Dans le cadre de leur tournée « cascades », Loic et son comparse François Pierron jouent avec des musiciens différents toutes les semaines. L’accordéoniste et le guitariste de ce soir donne un relief tout particulier aux chansons avec un aspect plus pop. Les textes sont toujours aussi beaux et un silence religieux s’installe pour la chanson éponyme de leur dernier album, « tout est calme ». Pourtant, le monde de Loic Lantoine reste difficile d’accès, surtout en festival, et certains spectateurs abandonnent en cours de route.
On manque le début de Sonic Youth en attendant la venue de Josh Homme, leader des Queens of the stone age, à l’espace presse. Le manager du groupe a perdu le grand roux, probablement parti voir ses compatriotes sur la grande scène. On décide d’en faire de même. Le groupe qui a vraiment l’air éternellement jeune, joue beaucoup de chansons du dernier album Rather Ripped: Incinerate, Rapture, Rats et le grand classique 100% ravirent la fosse. Leur set n’a pas beaucoup changé par rapport à l’année précédente, mais on les retrouve toujours avec plaisir.
Toujours sur la grande scène, on attend de pied ferme les Queens of the stone age en essayant de se faufiler aussi près que possible. C’est un Josh Homme blessé au genou qui monte sur la scène en boitant. Egal à lui-même, le groupe, fort de leur excellent nouveau bassiste Michael Shuman, livre le concert à ne pas manquer de ce weekend. Malgré sa faiblesse à la jambe, Josh Homme assure le spectacle : il invite d’abord un homme déguisé en tigre à venir le rejoindre sur scène pour une accolade amicale, puis un jeune qui lui aurait jeté quelque chose à la figure. C’est tout un groupe de garçons éméchés qui débarquent et manquent de créer une bagarre publique. Entre ces incidents, les Queens font une démonstration de rock avec quelques titres de leur nouvel opus Era Vulgaris dont 3’s & 7’s, Turning on the screw, Into the hollow, Battery Acid, la chanson des Desert Sessions Make it with chu et d’autres morceaux plus anciens comme no one knows, feel good hit of the summer, do it again. Un groupe puissant, carré avec des chansons brillantes : les « Reines » nous mettent une claque et partent toujours trop tôt.
Travail le lendemain matin oblige, on quitte le festival sans pouvoir écouter Asian Dub Foundation. Un weekend sympathique ponctué par quelques bons concerts dans une organisation un peu brouillon. On peut saluer le public de la Furia qui a contribué à une ambiance festive et conviviale entre batailles de paille, pancartes « câlin gratuit » et plus si affinités et bien sûr bonne humeur. A l’année prochaine!
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