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Les articles d'une apprenti journaliste

10 juin 2007

Système sans filet

À l’heure où la dépression devient une maladie de plus en plus répandue, le système en santé mentale québécois peine à prendre en charge ses malades. Pour les personnes en détresse, une des seules alternatives reste les organismes communautaires.

Un calme apaisant règne dans le centre La Croix Blanche, malgré la tempête qui trouble les esprits qui le fréquentent quotidiennement. Cet organisme communautaire offre de l’aide aux individus souffrants de problèmes de santé mentale depuis quarante ans. Même si sa façade terne passe inaperçue dans la longue rue Ontario est, l’intérieur du bâtiment est accueillant. Des canapés disposés en carré encouragent à la détente et la discussion, le cadre charme par sa décoration avec plantes vertes et tableaux.

Les dix participants inscrits à l’atelier de relations interpersonnelles semblent retenir leur souffle tandis que je passe la porte et que j’entre dans une salle presque vide aux murs orange vif. Pourtant, une fois quelques phrases échangées, leur frustration face aux défaillances du système de santé québécois prend le dessus. « Je suis passée par un hôpital de jour et on devait m’assigner un psychologue et, là, je suis tombée dans un trou », raconte une cinquantenaire aux longs cheveux blonds. 

La désinstitutionalisation, réforme amorcée dans les années 1960 avec l’accord de l’Organisation Mondiale de la Santé, consiste à fermer les asiles pour envoyer les malades mentaux se faire soigner dans leur communauté. En quarante ans, 17 000 lits ont été fermés en soins psychiatriques au Québec. De nos jours, les personnes atteintes de problèmes de santé mentale sont sensées se tourner vers les CLSC pour consulter un psychologue. Un autre participant agite nerveusement les mains alors qu’il dénonce cette pratique submergée par la demande: «  J’ai rempli les papiers pour avoir de l’aide au CLSC et ça doit bien faire un an que j’attends une réponse. »

Le reste des participants, tous entre quarante et soixante ans, l’écoutent attentivement et acquiescent. La consternation se lit sur le visage de sa voisine de table qui renchérit : « Je n’ai pas les moyens financiers de me payer une thérapie. Est-ce qu’il faut que je prenne un couteau et que j’aille aux urgences pour être aidée? » En effet, une personne est admise au service d’urgences d’un hôpital uniquement si elle représente un danger pour la société.

Les autres sont livrés à eux-mêmes et se battent pour avoir de l’aide. La gratitude envers La Croix Blanche se lit dans les yeux d’une femme rousse, qui avoue être venue ici après une tentative de suicide. Elle fait partie des rares personnes qui dépassent leurs problèmes grâce aux programmes communautaires, lueur d’espoir dans le tableau bien noir de la santé mentale au Québec: « Grâce aux ateliers du centre, je me sens beaucoup mieux et je vais bientôt réussir à retourner vivre dans un appartement toute seule ».

Posté par Melissablog à 00:05 - Cours de journalisme - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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