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Les articles d'une apprenti journaliste

08 avril 2007

Le gouvernement Harper n'ira plus à Kyoto

Alors que l’ancien candidat à la présidence américaine Al Gore n’a jamais été aussi populaire grâce à son documentaire sur la protection de l’environnement, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, et son gouvernement conservateur continuent de s’isoler en refusant d’appliquer le protocole de Kyoto. Depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2006, Harper a toujours assuré qu’il était impossible d’atteindre les objectifs requis par le protocole sans mettre à genoux l’économie canadienne. Toutefois, à une époque où la question environnementale est devenue une des principales préoccupations de la population, le dirigeant du Canada se retrouve en bien mauvaise posture.

   L’addition de l’application de l’engagement de Kyoto devient de plus en plus salée. Si le Canada se décidait à réduire sa production de Gaz à Effet de Serre (GES) comme convenu, il devrait débourser la bagatelle de 100 milliards de dollars canadiens durant les quatre prochaines années, selon le groupe Les Amis de la Terre et le magazine Corporate Knights. Mais une telle dépense ne sera sûrement pas au menu du prochain budget fédéral présenté par le ministre des Finances Jim Flaherty le 19 mars prochain.

   De surcroît, les émissions de GES des 336 entreprises les plus polluantes pour l’année 2005 ont à peine diminué selon une étude de Statistique Canada. En effet, ces compagnies qui produisent toutes au minimum plus de 100 000 tonnes de GES par an ont annoncé une baisse de 0,05 %. Même si cela dénote une stabilisation des émissions, ces entreprises ne représentent qu’un peu plus d’un tiers des GES du pays, qui s’élevaient à 178 millions de tonnes en 2004. Le constat est encore plus accablant dans la province de l’Alberta  puisque ses émissions ont réduit de moins de 0,001 %.

   Le Canada est donc un des mauvais élèves du protocole de Kyoto pourtant signé depuis 1998. A l’époque, le gouvernement libéral de Jean Chrétien s’était engagé à baisser son taux d’émissions de GES de 1990 de 6 % avant 2012. Bien que le protocole ait été ratifié en 2002, les émissions de GES du Canada ont augmenté de 30 % depuis 1990.

   Le premier ministre Jean Chrétien avait-il accepté le protocole tout en sachant que le Canada ne parviendrait pas à atteindre ses objectifs à temps ? Eddie Goldenberg, un de ses anciens conseillers, le croit. Il a déclaré le mois dernier que le gouvernement libéral avait signé cette entente car la population attendait d’eux une initiative environnementale, sans forcément être prêt à en assumer les conséquences. « Nous savions que le fait de signer et de ratifier Kyoto lorsque nous l’avons fait était absolument nécessaire pour préparer l’opinion publique aux gestes à poser dans le futur afin de faire face à la question du changement climatique », a-t-il expliqué.

   Le nouveau premier ministre du Canada ne semble pas faire cas de telles préoccupations. Contrairement aux libéraux de M. Stéphane Dion, les conservateurs ne sont pas favorables au protocole de Kyoto. D’une part, ils pensent que la bonne santé de l’économie prime sur les dégâts causés par les changements climatiques et qu’ils ne sont pas causés par l’action humaine. D’autre part, M. Harper a déjà déclaré qu’il ne voyait pas l’intérêt d’appliquer Kyoto si des pays en plein essor économique comme la Chine et l’Inde ne le faisaient pas.

   Le premier ministre cherche en fait à voir augmenter le taux de croissance de son pays grâce à la richesse la plus rentable du Canada : les sables bitumineux d’Alberta. Les gisements de la province contiennent 1700 milliards de barils, soit cinq fois les réserves de l’Arabie Saoudite. Le bitume est extrait du sable, puis il est transformé en pétrole synthétique. Mais la production d’un baril est très coûteuse en énergie :

il faut  retirer quatre tonnes de sables bitumineux du sol et utiliser deux à cinq barils d’eau, sans compter les émissions de GES. En ce moment, environ un million de barils sont produits chaque jour.

   Pourtant, ce pétrole n’est pas majoritairement destiné à la consommation nationale. Les régions de l’est doivent importer leurs ressources du Proche-Orient et de la mer du Nord. Alors qui en sont les bénéficiaires ? Principalement les Etats-Unis d’Amérique (USA) et en moindre quantité la France, les Pays-Bas, la Chine et le Japon.

   Depuis l’arrivée au pouvoir de M. Harper, les liens et les livraisons pétrolières sont au beau fixe avec les USA. Le pays de George W. Bush a tout intérêt à conserver cette bonne relation avec le Canada puisque cela lui évitera d’envoyer ses armées se battre pour les ressources pétrolières, en particulier au Moyen-Orient. De son côté, Stephen Harper a annoncé en septembre dernier à l’Economic Club de New York que le Canada sera devenu un des principaux producteurs de pétrole d’ici à 2015. 

   Afin de manifester leur nouvelle amitié pétrolière, les deux pays se sont réservés des accueils sans précédents lors de leurs visites respectives. En juin dernier, le premier ministre de l’Alberta était reçu par le vice-président des USA, Dick Cheney, pour discuter du développement de l’exploitation des sables bitumineux. Le mois suivant, c’était au tour du secrétaire américain à l’énergie de venir inspecter les exploitations albertaines pour la première fois. Stephen Harper ignore les défenseurs du protocole de Kyoto puisqu’il ne souhaite pas mettre en danger cet élan économique.

   Cependant, même certaines personnes à l’origine de cet élan sont prêtes à faire des concessions environnementales. Plusieurs chefs d’entreprises canadiens, dont le patron de Suncor, un groupe gazier et pétrolier établi en Alberta, ont lancé une initiative nationale pour réduire les GES et promouvoir les technologies propres. Cette démarche consistera en une assemblée de 25 chefs d’entreprises qui aura pour mission de « contribuer à une démarche nationale en cours [afin] d’élaborer un plan complet et réaliste des gaz à effet de serre », selon un communiqué du Conseil canadien des chefs d’entreprises.

   La décision d’un groupe pétrolier qui a fait un bénéfice net de 2,97 milliards de dollars en 2006 comme Suncor de se joindre à cette commission est-elle sincère ? La réponse semble incertain. En effet, Matthew Bramley, le directeur responsable du dossier du changement climatique pour l’Institut Pembina, a affirmé que le protocole de Kyoto pourrait être respecté par de grosses entreprises comme Suncor grâce à un plan basé sur la loi du pollueur payeur. Il leur en coûterait un dollar de plus par baril de pétrole produit. A la suite de cette annonce datant du mois dernier, le porte parole de Suncor, Gord Lambert, a expliqué que la réduction des GES avait un prix trop élevé pour l’entreprise.

   Les institutions financières trouvent aussi leur mot à dire dans la bataille environnementale. La bourse de Toronto a demandé au gouvernement la création d’un marché du carbone au Canada, comme le prévoit le protocole de Kyoto. Ce marché permettrait aux entreprises qui ont diminué leurs émissions de GES de vendre leurs crédits superflus. Le ministère fédéral de l’Environnement doit poser les bases réglementaires de cette bourse pour qu’elle puisse voir le jour.

   Toutefois, le gouvernement conservateur continue d’adopter la même tactique : retarder l’échéance de Kyoto. En effet, le mandat de Rona Ambrose en tant que ministre de l’Environnement a été plutôt chaotique. La jeune ministre est sur la même longueur d’ondes que Harper concernant le protocole. Elle a notamment conseillé l’ancien premier ministre de l’Alberta, Ralph Klein, qui s’est opposé à Kyoto.

   En devenant chargée du programme de l’environnement du gouvernement Harper, Mme Ambrose a accepté une mission impossible. Comment réussir à manœuvrer contre le protocole sans conséquence, alors que son pays se doit de l’appliquer ? Elle a donc enchaîné les déclarations controversées affirmant que le Canada ne pouvait pas respecter le protocole. Elle a provoqué un tollé lors de son discours de la conférence de l’Organisation des Nations Unies sur les changements climatiques à Nairobi, où elle a accusé les libéraux de l’abandon des objectifs de Kyoto. L’organisme Réseau action climat a été jusqu’à demander la démission de la ministre de la présidence de la conférence.

   En octobre dernier, son plan sur la qualité de l’air a été décrié par les trois partis d’opposition. Il proposait une réduction de 45 à 65 % des émissions de GES par rapport aux taux de 2003. Mais l’obligation pour les automobiles n’entrerait en vigueur qu’en 2010 et celle pour les entreprises industrielles en 2020. Des objectifs bien loin d’atteindre ceux de Kyoto.

   Dans l’optique des prochaines élections fédérales, Stephen Harper a été forcé de changer de politique s’il voulait gagner des points dans l’opinion publique. Début janvier, un sondage de la firme Decima a révélé que 74 % des Canadiens pensaient que le gouvernement s’occupait mal de l’environnement. En Alberta, la région des sables bitumineux, 61 % des personnes interrogées étaient de cet avis.

   Sans surprise, Stephen Harper a profité du remaniement de son cabinet ministériel en janvier pour remercier Mme Ambrose. Elle a été remplacée par John Baird, le président au conseil du trésor. Ce jeune politicien a déjà une dizaine d’années d’expérience dans des domaines variés dont l’environnement ne fait pas partie.

Sa déclaration du mois dernier démontre qu’il se situe dans la lignée conservatrice et que sa nomination est une fausse promesse de renouveau : « Le Canada n'a pas l'intention de participer à un marché du carbone à l'étranger et n'essaiera pas d'atteindre les objectifs de réduction de gaz à effet de serre (GES) que lui fixe le protocole de Kyoto. »

   Néanmoins, M. Harper garde l’objectif électoral en tête ainsi que son opposant libéral Stéphane Dion, qui a fait de l’environnement une de ses priorités. Le chef libéral considère que « le Canada ne peut pas se payer le luxe de ne rien faire » et il va  présenter son plan vert d’ici quelques jours pour contrer M. Harper.

Pour « reverdir » l’image conservatrice, Stephen Harper a choisi de faire miroiter des parts de l’Ecofiducie aux provinces. Ce programme dévoilé le mois dernier promet aux provinces 1,5 milliard de dollars à partager pour lutter contre les GES, à condition que le budget du gouvernement soit accepté le 19 mars. M. Harper a également récemment annoncé qu’il dévoilerait son plan contre le réchauffement climatique en avril.

   En effet, la chambre des Communes, par un vote le 14 février dernier, a forcé le gouvernement à présenter une nouvelle feuille de route verte dans les soixante jours suivants. Les trois partis d’opposition ont appuyé le projet de loi du député libéral Pablo Rodriguez qui oblige le gouvernement à respecter Kyoto.

  Toutefois l’approche imminente des élections a suffi au cabinet Harper pour améliorer sa position. Visionnaire, l’environnementaliste David Suzuki a déclaré en février : «Malgré ses sentiments à propos de l'environnement, croyez-moi, M. (Stephen) Harper va chanter la chanson verte lorsque viendront les élections.»

Posté par Melissablog à 23:42 - Cours de journalisme - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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