19 mars 2007
Chronique du nouvel album de Kafka
Kafka - O
« Les vrais groupes de rock ne seront jamais célèbres » (surtout en France, serait-on tenté d’ajouter). Cette malédiction s’applique à Kafka, qui vient de sortir un nouvel album sobrement intitulé O.
Les auteurs de cette citation viennent de réaliser le documentaire La route est longue. Ils ont pris le parti d’expliquer ce phénomène injuste en suivant trois jeunes groupes français, dont Kafka, pendant un an et demi. Ces jeunes hommes ont donc pu être les témoins chanceux de la genèse du deuxième album du quartet. La sortie de ce « rockumentaire » est prévue pour juin 2007. A suivre…
Kafka est un groupe d’une intelligence rare, l’opposé du soi-disant renouveau du rock pour parisiens en manque de sensation. Pour preuve, ils ont multiplié les collaborations avec des musiciens talentueux (Bumcello, Manu Eveno de Tryo) et les projets ambitieux (musique pour l’adaptation théâtrale d’un roman d’Albert Camus, concerts en interaction avec le plasticien Claude Lêveque).
Les invités de ce nouvel album s’inscrivent dans la même veine : Nosfell et son camarade violoncelliste Pierre Le Bourgeois. La rencontre musicale a été mûrement réfléchie. Après plusieurs tentatives lors de leurs concerts communs à la Coopérative de mai de Clermont Ferrand, la troupe de musiciens n’a apparemment rien laissé au hasard. Kafka a esquivé le pari risqué de laisser Nosfell introduire son monde dans leur musique : les deux troubadours de Klokochazia officient chacun sur leur morceau respectif.
O, tout comme son prédécesseur éponyme, est un tour de force. Malgré la longueur des titres et l’aspect uniquement instrumental des compositions, Kafka nous emmène dans une promenade mélodique, nous perd dans les morceaux, tant et si bien que le concept de séparation des titres semble superficiel.
Cette odyssée musicale est propice à l’imagination de l’auditeur, qui a tout le loisir de se laisser porter au fil des ambiances.
Kaleidoscope vision 1 démarre toute guitare dehors. Les rythmes varient, l’accent est mis tantôt sur la guitare tantôt sur la basse ou la batterie. Le mixage de l’album a été mis à profit pour donner différentes profondeurs aux sonorités.
Brest nous fait décoller tout en douceur avec la participation du violoncelle de Pierre Le Bourgeois. L’instrument accompagne admirablement les quatre autres, comme s’il remplaçait la ligne de chant. La fin du titre nous plonge dans un univers plus rock, transformé en déluge bruitiste à la sonic youth.
Trauma porte bien son nom puisqu’il pourrait très bien être la bande sonore d’un film dérangeant à la Shining. La rythmique et les guitares sont entêtantes et elles nous plongent dans une torpeur inquiétante pour finir par exploser, puis accélérer.
Les marins ne pouvaient pas résister au chant des sirènes : la comparaison semble facile, mais évidente entre les créatures des mers et les lointaines vocalises de Nosfell. Sa voix bijou habille le début et la fin d’un titre onirique, appelé Siren.
Les membres de Kafka maîtrisent leur technique musicale. Les multiples effets instrumentaux en font acte. Les guitares sont à l’honneur dans le dernier titre Dystopia : on ne peut que s’émerveiller des sons magiques qui sortent des doigts de Clément Peyronnet et de Rémy Aurine-Belloc. Il faut également saluer les talents de la section rythmique assurée par Rémy Faraut à la batterie et Guillaume Mazard à la basse.
Kafka ne sera probablement jamais célèbre…et tant mieux. Ils jouent une musique bien trop géniale et courageuse pour toucher une large part du public français. Leur musique constitue une alternative extraordinaire au fade paysage musical de notre pays. Rien que pour cela, ils méritent votre attention.
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