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Les articles d'une apprenti journaliste

03 mars 2007

Les mannequins et l’anorexie : une polémique qui prend du poids

Article pour le cours d'analyse d'actualité

   A l’heure où la chaîne de télévision TQS vient de lancer l’émission de télé réalité Portfolio pour trouver le prochain top model québécois, les mannequins se retrouvent au centre d’une polémique qui ne cesse de croître. Depuis environ six mois, ces demoiselles taille XXS sont placées sur le banc des accusés car on leur reproche d’être à l’origine des troubles alimentaires des nouvelles générations. En effet, les jeunes filles deviendraient anorexiques ou boulimiques car elles voudraient ressembler aux icônes des maisons de couture, qui seraient elles-mêmes atteintes de ces problèmes. 

   La première sentence, prononcée à Madrid en septembre 2006, a créé un électrochoc dans le monde de la mode : cinq mannequins dont l’Indice de Masse Corporel (IMC) étaient inférieurs à 18 ont été exclus des défilés madrilènes sans autre forme de procès. De surcroît, la capitale espagnole a choisi de conserver cette nouvelle règle pour les défiles de février.

Cette décision semblait être la conséquence directe du décès d’une jeune mannequin uruguayenne un mois plus tôt, ainsi que des déclarations du top model Heidi Klum au début de l’année dernière. Alors qu’elle était juré pour l’émission « Germany’s next top model », elle avait expliqué à des candidates déjà très minces qu’elles devaient encore perdre du poids. Une pluie de reproches s’était alors abattu sur elle et plusieurs médias, dont le quotidien allemand Bild, l’avaient condamné pour apologie de l’anorexie.

Pourtant, c’est vraisemblablement la mort du top model, Ana Carolina Reston,  qui a créé la plus vive secousse médiatique et qui a placé cette polémique au centre des débats. La brésilienne de 21 ans est décédée en novembre dernier des suites de son anorexie. Avec ses 1,74 m pour 40 kilos, « elle n’avait plus aucune résistance et les médicaments ne faisaient plus d’effets en raison de son extrême faiblesse », a expliqué sa tante.

Depuis lors, les organisations des semaines de la mode à travers le monde se sont sentis obligées de réagir, y allant chacune de leurs mesures plus ou moins sévères et efficaces. Alors qu’à Milan, les mannequins de moins de seize ans ont été interdites de défiler et que les autres devaient présenter un certificat de bonne santé, le Conseil des Créateurs de Mode d’Amérique, responsable de la « Fashion Week » de New York, s’est doté d’une liste de recommandations, comme interdire l’alcool et le tabac lors des défilés.

Ces tendances distinctes sont peut-être la preuve d’une certaine forme de laxisme ou d’un manque d’intérêt pour le problème de la part du continent américain. La semaine de la mode de Rio avait annoncé les mêmes règles que Milan et une importante campagne de sensibilisation aux troubles alimentaires, en particulier sur son site internet. Toutefois, un seul débat a été mis en place lors de cette semaine de janvier et on ne trouve aucunes traces de quelque chose qui aurait attrait à l’anorexie sur www.fashionrio.org . Pire, les photos des défilés montrent clairement que les top models sont aussi minces qu’à l’accoutumée.

Cela signifierait-il que certaines personnes ne soutiennent pas ces mesures car elles n’en voient pas l’intérêt? Les agences de mannequins, les créateurs et même certains mannequins sont de cet avis. Ils s’accordent pour dire que les filles des podiums ne sont pas anorexiques et que la mode ne constitue pas la cause des problèmes de société alimentaires.

« La mode est un art, appliqué certes, mais un art quand même. […] On n’a pas le droit de censurer quand il s’agit d’art. La mode vend du rêve, et le rêve se nourrit de l’extrême », juge Nathalie Rykiel, directrice artistique de Sonia Rykiel, dans le magazine ELLE. Selon les défenseurs des mannequins, la mode ne se réclame pas de la réalité puisqu’elle appartient au domaine artistique.

De ce fait, les créateurs revendiquent le droit d’employer des femmes dont le physique sort de l’ordinaire. Un de leurs arguments majeurs est résumé par Nathalie Rykiel dans un article de Libération : « une femme très mince porte mieux le vêtement ». Les couturiers seraient-ils des adeptes de l’art pour l’art ?

« Le principe de base, c’est d’idéaliser le vêtement pour faire baver les femmes », déclare Karl Lagerfeld, directeur artistique de Chanel, dans ELLE. Le but premier reste de vendre et de marquer les esprits. Pour cela, les créateurs veulent une image qui choque et qui mette en valeur leur maison de couture. Ainsi, leur choix se porte généralement sur une mise en scène surréaliste qui correspond à leur esthétique. Pourtant un point commun subsiste : la jeune fille filiforme parée de leurs dernières créations phares, le tout retouché par ordinateur.

Mais comme les magnats de la mode s’accordent pour le dire : une mannequin est mince puisque c’est sa constitution naturelle. Maïda Grégory-Boïna, directrice de casting pour Calvin Klein constate dans Libération: un top model peut manger « tout ce qu’elle veut sans prendre un gramme, comme Gisele Bündchen ou Nathalia Vodianova. »

Au-delà de cette affirmation, on peut se demander comment les professionnels de la mode définissent un top model et si ces critères ont changé au fil des ans en se rapprochant de l’anorexie. Selon Maïda Grégory-Boïda, les créateurs cherchent au minimum 1,78 m, 60 cm de tour de taille et 90 de hanches. Cependant, un changement majeur est apparu : les 90 cm de tour de poitrine de la femme parfaite se sont transformés une absence totale de seins.

Pour Karl Lagerfeld, « le corps mode d’aujourd’hui, c’est une silhouette faite au moule, d’une étroitesse incroyable, avec des bras et des jambes interminables, un cou très long et une très petite tête. » L’allure des top models tend vraisemblablement à rapetisser  ce que confirme la directrice de casting de Calvin Klein : « depuis que j’ai commencé ce métier, ça ne fait que rétrécir ; moi qui cherche des « new faces », je ne trouve que des squelettes dans les agences de mannequins. »

Il suffit de feuilleter une anthologie de la mode pour comprendre ce que Maïda Grégory-Boïda veut dire. Les tops models stars des années 1980 et 1990 tels Cindy Crawford ou Naomi Campbell affichaient fièrement leurs formes pulpeuses et leur réussite. Mais elles ont maintenant été remplacés par des jeunes filles dont rares sont ceux qui connaissent les noms et dont certaines se confortent dans leur état de maigreur. En effet, une des mannequins anglaises les plus connues, Lily Cole,     1,78 m  pour 50 kilos, déclare : « Je ne sais pas après quoi les gens en ont, je suis très bien comme je suis. »

D’autre part, la silhouette a un rapport direct avec la nationalité des mannequins. Alors que les tops des années 90 venaient pour la majorité des Etats-Unis d’Amérique et d’Europe de l’ouest, les « petites nouvelles » sont plus souvent originaires d’Europe de l’est ou d’Asie. Karl Lagerfeld explique : « Ces nouvelles mannequins venues de l’Est ont naturellement une ossature extrêmement étroite ».

Le phénomène ne semble pas prêt de s’arrêter puisque les agences de mannequins commencent doucement à fleurir en Asie. Ce métier fait rêver de plus en plus de jeunes filles au Vietnam entre autres, car les revenus sont nettement supérieurs à la moyenne. Même si cette profession est encore mal vue, la demande est au rendez-vous et les cours de mannequinat se développent.

Une autre réalité dont les amatrices de mode sont rarement au courant réside dans l’âge des femmes des revues de mode. Il est d’ailleurs inexact de parler de femmes puisque ce sont en fait des adolescentes. « L’anorexie est une vraie question, mais qui cache un problème encore plus grave : les mannequins sont bien trop jeunes », dénonce Jean Vermeil, l’attaché de presse de Jean-Paul Gaultier.

Les « filles du moment » commencent leur carrière vers 16 ans, mais certaines précoces peuvent être âgées de 14 ans. Chantal Sellati de l’agence Marilyn décrypte le phénomène : « nos clients voulant des mannequins chaque fois nouveaux, on les cherche de plus en plus jeunes ». Ceci explique en partie pourquoi les models sont si minces : les filles de 15 ans que les créateurs essaient de faire passer pour des femmes ont un corps qui est encore en train de se former.

  Les nouvelles technologies contribuent aussi à altérer la réalité. Les « webdesigners », passés maîtres dans l’art de la retouche de photographies, parviennent à faire des merveilles de perfection. De ce fait, les publicités qui recouvrent les pages des magazines et les panneaux d’affichage montrent des femmes aux dents blanches, sans aucunes rides et dotés d’un physique à faire pâlir.

Cependant, ces procédés restent encore peu connus du grand public. C’est la raison pour laquelle Dove, une grande marque de produits pour le corps, part en guerre contre ces créations informatiques. Leur site internet se veut un avertissement  contre l’idéalisation de la silhouette féminine et il propose plusieurs activités pour mettre en garde les jeunes filles. Une de leurs vidéos expose même les étapes qui permettent de transformer une fille dotée d’un physique « normal » en une icône de mode sur papier glacé. 

Si les acteurs du monde de la mode sont à l’origine du problème de l’image de la femme et de l’anorexie, sont-ils les seules personnes à mettre en cause ? Qu’en est-il de ceux qui retransmettent ces représentations ? La presse dite féminine couvre ses pages de photographies de top models, d’articles sur les régimes, les produits de beauté et les créations des maisons de couture : autant de modèles souvent inatteignables par la majorité des lectrices tant pour des raisons financières que physiques.

Feraient-ils partie des oubliés de ce procès contre les troubles alimentaires ? Oui et non, car, même s’ils ne publient pas leurs autocritiques dans leurs pages, d’autres médias s’en chargent. Une étude publiée dans la revue américaine Pediatrics en janvier révèle que les adolescentes qui lisent des articles sur les régimes ont deux fois plus de chances d’avoir un comportement alimentaire malsain cinq ans plus tard.

Ces résultats qui tendent à démontrer que les opinions des magazines importent aux jeunes filles ramènent à un constat troublant : les vêtements de couturiers et donc celles qui les portent doivent être idéalisés pour être vendus mais, même si on admire cette perfection physique, il ne faut pas être tenté de l’imiter. De prime abord, cela semble dépasser les limites de la logique. Jean-Baptiste Mondino pose le doigt sur un autre obstacle à la fin de la controverse dans ELLE: « Mais où est la normalité ? Voilà le vrai débat ».

Posté par Melissablog à 04:58 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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